Bookée

Cher Padawan,

Malgré mes réticences, ça y est, j’ai ouvert un compte FB pour le boulot. J’y suis allée à reculons, tête basse, en ruminant mon agacement. Et désormais, sache-le, je suis littéralement engloutie chaque jour par des tonnes de photos de chatons, de nuages (…si, si, plein de gens photographient les nuages, figure-toi !) et de vacances épatantes. On m’avait prévenue, mais je ne m’y attendais pas à ce point-là.

En dehors de ça, j’ai eu le tort d’arriver sur FB en pleine guerre d’opinions sur le conflit Israël-Palestine, sans parler de celui de l’Ukraine (mais bizarrement, là, ça intéresse moins les gens) et de l’enfer irakien (massacres qui ne mobilisent, hélas, qu’une personne sur cinquante, probablement parce qu’il n’y a pas Israël en n’d’dans). Du coup, je peux t’assurer que, dès mon arrivée, j’en ai lu des tellement vertes et pas du tout mûres que j’ai failli me tirer fissa.

Parce qu’il faut le savoir, sur FB, on est régulièrement sommé de s’indigner des turpitudes des connards de notre monde, sinon, on est très mal noté. Et ce, même si, pour beaucoup, les « gentils membres » sautent sur les infos avec une rapidité qui me dépasse, sans attendre que le tout se décante un chouïa – d’autant que les hoax circulent, eux aussi, en abondance.

Enfin bon, voilà, je suis dans le bain, désormais. Outre ces petites guerres de voisinage virtuel, je suis également mise au courant, chaque jour, de l’humeur de la plupart de mes copains, de leurs voyages, de leurs goûts, du contenu de leurs assiettes, de leurs joies et de leurs chagrins. Je n’en demandais pas tant. (La NSA, les truands de tous poils, les manipulateurs et les firmes non plus, j’imagine.)

Mais tu sais ce qui m’agace le plus, dans ce machin ? L’émotion systématique (qui va, donc, avec les petits chats mignons). FB, c’est ce « j’aime » paradoxal qui conduit parfois à l’absurde. Et sous ce déluge d’énervements rageurs et d’attendrissements excessifs, comme derrière ces crises de rigolades, on suspecte assez vite, au bout du compte, que « l’homme moderne », quel que soit son âge, semble partiellement atteint d’une forme de dépression chronique. Pour les créatifs, pas de problème : ils y montrent ce qu’ils savent faire avant de filer sur la pointe des pieds. Mais pour l’ensemble des participants, le rationnel, le pesé, le nuancé se fait plutôt rare, et la frustration affleure souvent derrière les mots. Certes, la plateforme ne se prête guère au développement : on est surtout là pour se montrer, se détendre, faire parler de soi, se fabriquer une sorte de cocon ouaté parfois ultra complaisant. Se rassurer, quoi. Tout en se synthétisant soi-même, souvent jusqu’à la caricature. Ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça, une façon adolescente (et FB est typiquement une invention d’ado) d’exister dans un monde de plus en plus incertain.

À partir du moment où on l’a compris, on peut s’y adapter si on décide de jouer le jeu. Mais doit-on, pour autant, cliquer « j’aime », pour des raisons partisanes, sous une terrible photo de guerre ?
À toi de voir. Moi, je ne peux pas.

Bien à toi, Padawan.

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13 Commentaires

  1. Posted 21 août 2014 at 12 h 54 min by rakam the red | Permalink

    yo!
    perso, FB je m’y suis inscrit seulement pour aller voir celui d’amis qui habitent à l’autre bout de la terre et j’ai réussi à m’y inscrire sous un pseudo (pas peu fière :))
    du coup mon mur (mure? :)) est quasiment vide.
    je préfère google+ nettement moins intrusif et surtout beaucoup plus photos, bon ok y a quelques bébés chatons
    mais pas trop :)
    me suis abonné a des communautés de photos de paysages
    ou de « place to see before you die » et franchement y a des top photos!!

    • Posted 21 août 2014 at 13 h 43 min by Sophie K. | Permalink

      Non, mais c’est très utile, sinon, ces réseaux. Et parfois vraiment bien pour voir de belles choses. Google+, j’avais lu qu’on ne pouvait pas se désinscrire, si ? (Je confonds peut-être avec LinkedIn, sais pas.)

  2. Posted 21 août 2014 at 13 h 14 min by patrick verroust | Permalink

    Le social à ses réseaux que la raison ne connaît pas….A Dieu ne Blaise, reformulation d’une pensée du temps de billets de valeur, les pascal et les Voltaire….Sommes nous plus euros?

    • Posted 21 août 2014 at 13 h 43 min by Sophie K. | Permalink

      Trop de réseaux tue la raison. :)

  3. Posted 21 août 2014 at 14 h 17 min by rakam the red | Permalink

    si si on peut se désinscrire de google+

    • Posted 26 août 2014 at 23 h 04 min by Sophie K. | Permalink

      OK… Alors c’est LinkedIn qui t’enchaîne pour l’éternité, hahaha !

  4. Posted 21 août 2014 at 18 h 10 min by patrick verroust | Permalink

    créatif en diable ,ton détournement de logo, le bouc va en perdre la face et s’en rependre!!

    • Posted 26 août 2014 at 23 h 03 min by Sophie K. | Permalink

      :) Danke, Pat ! (Mais c’est un vieux dessin que tu avais déjà vu ici, non ?)

  5. Posted 26 août 2014 at 11 h 27 min by Claire | Permalink

    Rien qu’un mot Sophie : j’aime (cet article. Mais je n’ai pas trouvé le petit pouce pour le signifier.)

    • Posted 26 août 2014 at 23 h 02 min by Sophie K. | Permalink

      :D Merci, chère Claire ! Ah le pouce levé, c’est quelque chose… Je m’habitue à ça aussi !

  6. Posted 28 août 2014 at 17 h 32 min by la nuit remue | Permalink

    Pour le boulot ? Ouf …

    • Posted 3 septembre 2014 at 9 h 02 min by Sophie K. | Permalink

      Oui. En même temps, vu ce qu’est FB, je suis perplexe sur l’efficacité des annonces. Mais j’ai peut-être tort. Sais pas.
      Toujours est-il que je persiste à ne pas aimer ce type de réseaux. (Dans l’ensemble, je m’y sens mal à l’aise, malgré la bonne humeur et la bonne volonté des uns et des autres.) Derrière tout ça, on devine l’oeil torve des marchands qui savoure, extatique, ces narcissismes mêlés de la multitude (et y’a pas d’autre mot : ce truc flatte avant tout le narcissisme de chacun) .

  7. Posted 4 septembre 2014 at 18 h 57 min by Zoë Lucider | Permalink

    Déjà déçue ma Sophie ? Mouahahah!
    Mais t’as raison c’est un truc d’ado. D’ailleurs ce sont mes enfants qui m’ont incité à m’inscrire. Tu as dû remarquer que je n’y suis pas trépidante. Par moment c’est distrayant et je découvre des trucs, des musiques ou des vidéos marrantes.
    N’avais pas vu que tu étais de retour ici. Chouette ! Le blog, c’est quand même plus intéressant.