Symphonie Automnale en Rez-de-Chaussée mineur

L’ouverture a eu lieu cette nuit vers 4 heures du matin. Je n’étais pas super prête à l’entendre, mais j’ai quand même savouré à leur juste valeur les remarquables VROAAARH RAOUMM RAOUMMM SKRIIIIK VRAOoummmm de la voiture poursuivie, et les trois PIN PON PIN POOOOOoooooonn mêlés des bagnoles de flics lancées à plein régime sur le boulevard. Je m’attendais à un HIIIIIIIIRK VLAN KABOUM BADAM SCHKLONK roll roll rolllllcling final au carrefour, cependant l’auteur a eu l’originalité de ne pas insister, laissant un silence magnifique mais relativement bref se rétablir avant la reprise, vers 5 heures, des VROOOOOAAMMmm VROOOOOAAMMmm successifs des camions de livraison, jetés de main de maître à 70 km/h sur le bitume. L’ornementation des ROOARRH et des RHINHIN REUHEU PET PET PET PET des sections de motos et de mobylettes, à la fois régulière et tenue, a également rempli magnifiquement son rôle.

L’entracte a duré environ deux heures, ce qui est assez long dans ce type de symphonie, mais on peut tout à fait comprendre le besoin de souffler des musiciens après une telle performance.

Vers 9 heures, le premier mouvement a commencé par l’action tonitruante de la masse, des ponceuses, des carreleuses et des perceuses du second étage de l’immeuble. Après ce début des plus attendus, on redoutait une pièce assez banale lorsqu’un trio constitué d’une nettoyeuse de sol au bip bip puissant, d’un souffleur de feuilles extatique et d’un balayeur subtil est entré brusquement en scène. Ce remarquable assemblage de VROUOUOUOUOUOUOUMM tenu longuement, de BIP BIP BIP, de MEH MEHHH MEEEEEEH, où se distinguaient par à coups les légers SHLIP SHLIP SHLIP du balai en contretemps, me laisse une impression très forte, je l’avoue. Il faut féliciter le compositeur d’avoir ainsi songé à renforcer cette section dite « des Feuilles Mortes », qui ne suscitait autrefois que quelques SHLIP SHLIP SHLIP beaucoup trop succincts. L’invention du VROUOUOUOUOUM BIP BIP BIP doublé du MEH MEEH de la souffleuse est décidément une trouvaille qui manquait au mélomane averti.

À l’heure actuelle, le deuxième mouvement réunit les VROOOOM, les ROOARH, les RHIN REUHEUH PET PET PET et les SHLIP SHLIP SHLIP aux SHTRRRRRONCK et aux BOUM BOUM  du second étage. Quelques PIN PON et un ou deux POUÊT bien sentis se dégagent de l’ensemble. Je suis un peu déçue par ce retour à la norme, je l’avoue. Cependant, l’arrivée d’un quatuor de casques jaunes avec barrières vertes nous laisse augurer avec bonheur d’un remarquable solo de marteau-piqueur. Sans lui, nos symphonies quotidiennes manqueraient beaucoup de ce sel qui fait les déprimes majeures.

D’ailleurs, comme j’ai, moi aussi, l’âme d’une musicienne, je me suis récemment acheté une perceuse. Il le fallait, je n’en pouvais plus de ne pas participer à ce grand braoum qui fait notre bonheur depuis que Paris est dirigé par un chef dont l’énergie n’a d’égale que la dépense. Il faut que vous raconte ça.

Or doncques, par un beau matin, j’estoy montée sur mon blanc palefroy et j’avions rejoigni l’Hostellerie du Bricolage. Avec timidité, je m’approchoy du tenancier. « Bonjour, Noble Aiguilleur Cloutier. Je voudroy drôlement beaucoup une perceuse de qualité afin de percer des trous de qualité, dans du béton de qualité, » demandoyai-je. « Que me consoillez-vous ?

Ah, Noble Dame, le mieux estoy la perceuse Teutonne. En dessous, ce n’estoit point assez solide, au-dessus, c’étions bien trop cher. »

Je prendis la perceuse Teutonne. Elle me sembloit bien lourde, mais je la ramenoy avec moi au castel. J’estoy toute fiérotte, le roy n’estoit point mon cousin.

Hier, je tentoyais une première symphonie. Je prendis le mode d’emploi de la dive Teutonne, et je mettoyu une heure à piger comment qu’y fallait mettre la mèche en n’d’dans. Puis je prendis la notice du séchoir que je vouloyais tendre au-dessus de ma baignoyre. Je lus qu’il falloyait séparer les trous de 39,6 cm, et je m’activoyai en conséquence, crayon en main, à graver les p’tites croix ousque j’devrions oeuvrer. La perceuse Teutone à la main, je me rejouissoyais déjà des merveilleux trous que j’allions perçoyer, quand tout à coup, je m’aperçoyu que le fil électrique estoit bien trop court.

Flûtiau ! me disois-je, c’estions bien ma veine.

J’allions donc chercher une rallonge, puis je recommencis le toutim. Le premier trou fut impecc’, malgré une certaine tendance de la Teutonne à vouloir rebondir sacrément comme une dingue tout autour de l’endroit ousqu’y’avoit une croix. Je fixoyais la première vis avec un tournevis trop p’tit, ce qui me donna bien du mal. Après une courte pause pleine de larmes amères (j’estions déjà vermoulute), je perçoya le second trou, sans rebondissements cette fois, puis je me préparates à poser le séchoir.

Mille diables, cornegidouille, foutrechiourme et punaise de sacristie, il y avait un décalage ! La notice disait 39,6 cm, mais l’appareil nécessitoyait, ce chien galeux pas respectueux des notices, que les vis fussent posées à 38,10 cm. Quel piège de débutant !

Triple bouse de vilain cornu, me disois-je en aparté. Il faut reboucher. Je rebouchoya, et laissois sécher toute la nuit. Ma seconde tentative sera pour ce soir. J’espère juste que mes voisins ne viendront pas se plaindroyer de ces débuts pitoyables en symphonie Teutonne. Avec tous les efforts que je fais pour rester en harmonie totale, manquerait plus que ça.

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29 Commentaires

  1. Posted 23 octobre 2012 at 13 h 06 min by patrick verroust | Permalink

    Si tu utilises ce soir ta perceuse teutonne, munis toi d’une lampe de boche pour le cas où tu aurais à court-circuiter le mode d’emploi. Je me permets ce conseil pour le cas où tu ne serais pas au courant. En attendant, fais toi un jus!
    En général, ce genre d’activités nocturnes cimentent de solides inimitiés mitoyennes, la copropriété risque de te mettre le dos au mur, ce qui est difficile pour percer.
    Maintenant que tu es dans le bain du bricolage musical, procède avec méthode , range tout le fourbi avant de rendre à la baignoire son usage premier. Dans l’ordre du bain , la devise est « trois en un » . Reste, modestement,chevalière du tapis de bain….
    icon_twisted

    • Posted 23 octobre 2012 at 16 h 09 min by Sophie K. | Permalink

      Je feroi comme ça, et je jure, par Saint James le Septième, que je ne remplirai point la baignoyre avant que les trous ne soyent dûment percés. Il ne faudroit point non plus exagérer, ventre saint gris.

  2. Posted 23 octobre 2012 at 18 h 46 min by Sophie K. | Permalink

    Il y a tout de même un truc que je ne pige pas : j’ai huit tournevis plats, huit bien costauds de différentes tailles, vachement beaux et tout. J’ai seulement deux tournevis cruciformes, dont un dont le manche est cassé. Et je passe ma vie à tomber sur des vis cruciformes. Ma vie.

  3. Posted 23 octobre 2012 at 18 h 54 min by Claire | Permalink

    Désolée, mais je n’ai pas pu m’empêcher de rire ce midi à la lecture de ton post, et ce soir à celle de tes commentaires. Mais je ne me moque pas, je le jure !

    • Posted 23 octobre 2012 at 18 h 58 min by Sophie K. | Permalink

      :) C’est fait pour. Merci du compliment, chère Claire.

    • Posted 23 octobre 2012 at 19 h 06 min by Sophie K. | Permalink

      (PS : tu as des tournevis cruciformes, toi ?)

  4. Posted 23 octobre 2012 at 20 h 17 min by Fernand Chocapic | Permalink

    Moi j’ai un tournevis cruciforme (je ne dis pas ça en bombant le torse).

    • Posted 23 octobre 2012 at 21 h 49 min by Sophie K. | Permalink

      :D Oui mais je parie que tu n’as pas de perceuse Teutonne,
      héhéhéhéhéhé.
      (Si tu en as une, la vie est décidément une tartine d’injustices flagrantes.)

    • Posted 23 octobre 2012 at 22 h 00 min by Sophie K. | Permalink

      Ô Fernand, tu fais bien (et merci !) de venir traîner ton tournevis dans les parages : j’avais oublié de te mettre en lien, dès que je peux, j’le fais. ;)

  5. Posted 23 octobre 2012 at 20 h 30 min by Claire | Permalink

    Oui mais je ne sais pas combien : ils sont rangés dans une superbe boîte à outils qu’on m’a offerte ; en revanche je n’ai jamais tenu de perceuse électrique de ma vie !

    • Posted 23 octobre 2012 at 21 h 52 min by Sophie K. | Permalink

      C’est assez secouant, au début. :) Et lourd. :)
      (J’adorerais avoir une boîte à outils neuve avec des compartiments qui font schklonk schklonk quand on y range les outils (soupir). J’ai un vieux carton où il faut faire grouf grouf pour trouver le truc dont on a besoin et qui est TOUJOURS au fond sous les trucs dont on n’a pas besoin.)

  6. Posted 23 octobre 2012 at 22 h 11 min by Sophie K. | Permalink

    C’est comme les Lego. Fallait aussi faire grouf grouf pour trouver LA bonne pièce pour finir le castel. Ça prenait 15 plombes.

    Tartine d’injustices fla-gran-tes.

  7. Posted 24 octobre 2012 at 14 h 17 min by patrick verroust | Permalink

    Tu fais des textes messianiques, tu as du cruciforme chez toi, tes travaux sont ta croix à leur manière…Les indices s’accumulent même si tu refuses de t’admettre
    en sainte!
    icon_cool

    • Posted 24 octobre 2012 at 17 h 24 min by Sophie K. | Permalink

      Ah mé fa fuffit Fatrick enfiiiiiinnnnnnnnnnnn ! :D
      icon_question

  8. Posted 24 octobre 2012 at 23 h 46 min by Zoë Lucider | Permalink

    Mouahahah! La Forgeronne, le retour! Pas de cruciforme, nan mais, c’est l’outil de base de nos jours, o’ vaillante Walkyrie !
    Quant aux notices, consulte un peu celle-ci
    http://www.deezer.com/fr/track/1093412

  9. Posted 25 octobre 2012 at 0 h 37 min by Sophie K. | Permalink

    AAAAAAAAAAAH non, pas Juliette ! :D Pardon mais pas Juliette, hahahaha !
    Non, j’en peux plus des notices, mais alors chantées en vers rimés… tu veux mon trépas !!!!
    icon_eek

    • Posted 25 octobre 2012 at 14 h 13 min by Sophie K. | Permalink

      Aaah ouiii, je l’avais vue, c’est très chouette ! :) Merci Pierre.

      (Bon, tu me signales aussi qu’il faut que je trouve un truc pour cadrer les vidéos en plus petit, et je n’ai pas la moindre idée de comment faire ça sur les comm’s de WP, mouhahahaha !)

    • Posted 25 octobre 2012 at 14 h 18 min by Sophie K. | Permalink

      J’ai trouvé.
      icon_music

    • Posted 25 octobre 2012 at 14 h 40 min by Sophie K. | Permalink

      Je trouve tout. Donnez-moi le trésor de Richard Coeur de Lion à trouver, en deux coups de cuiller à pot, zoum, je vous trouve celui de Barbe Noire. En dehors des tournevis et des pièces de Lego, je trouve tous les trucs qu’ils ne faut pas chercher. Et je trouve même les trucs qu’il ne faut pas trouver mais qu’il faut chercher, comme chez le Tenancier.
      Un vrai limier, un Herlock Sholmes de première, un Clouseau hors norme, je suis.
      Vous avez perdu vos clés ? demandez-moi de vous aider, et je vous retrouverai votre portefeuille et votre parapluie.

  10. Posted 25 octobre 2012 at 19 h 30 min by patrick verroust | Permalink

    Trouves toi un richard cœur d’artichaut, évites les gens sans terre. Au passage ,fais nous savoir comment y va noé
    icon_twisted

    • Posted 26 octobre 2012 at 12 h 26 min by Sophiek | Permalink

      Noé et moi nous ramons pour faire de l’erre, et le large est encore loin. :)

  11. Posted 27 octobre 2012 at 1 h 06 min by Sophie K. | Permalink
  12. Posted 27 octobre 2012 at 9 h 24 min by Dominique Hasselmann | Permalink

    Ne pas manquer d’inviter chez toi Pierre Henry, il a de la ressource (tu dois connaître ses « Variations pour une porte et un soupir »)…

    A propos, il paraît que c’est Jésus qui a fait la promotion des vis cruciformes.

    • Posted 27 octobre 2012 at 12 h 33 min by Sophie K. | Permalink

      :)
      Sans vouloir vous contredire, très cher collègue, le Morpion suprême émetteur de croix (et de vices cachés) se nommait plutôt Ponce Pilate. C’est lui le véritable Saint Patron des bricoleurs du dimanche – comme son prénom l’indique d’ailleurs.

  13. Posted 27 octobre 2012 at 20 h 58 min by patrick verroust | Permalink

    Soph:

    « Ponce Pilate. C’est lui le véritable Saint Patron des bricoleurs du dimanche »

    Bravo, il fallait y poncer…Tu es ,vraiment, la cheville ouvrière , ici. Du foulard au point de croix ,tu cloues d’admiration par ta connaissance du droit des marques aux évangiles selon saint Marc . Pour résumer de l’INPI à l’INRI
    icon_woot

  14. Posted 30 octobre 2012 at 16 h 00 min by NLR | Permalink

    En ce jour trentième de l’an deux mil douze, ma foy, ourdi que j’en fusse et mené hasardement par des bruys de hallebarde, je m’en viens choir mon séant sur tes rives maronnasse, et que de rires aux éclats doulce aminche ! Par les démons jaunes du Val d’Ussel, parole que les blogues ont des oreilles et droy des murs en parchemin ! Moult sonorités et soucys de quiétudes par icy-bas les long des feuillées, ah !

    Je vois des mangeailles et austres gasteries avant la Noël, doulce brune aux soyeux pinceaux ! J’ai brin la teste dans les affaires et les luttes, tout englouti dans la nuite qui s’avance (chascun fait ce qu’il peult), mais un coup de cornu et je pose mon carquois.

    Allez Dame de l’Est, je m’en voy remonter sur estalon bien ferru, vous claque la byse chodement et vous dit à tantôt.

    • Posted 30 octobre 2012 at 18 h 27 min by Sophie K. | Permalink

      Eh oui, nos feuilles sont sur la même longueur d’ondes, je te le disois ! :D
      Pour les mangeailles et austres gâsteries avant la Noël, je suis parfaitement d’accord. Le coup de cornu ne saurait tarder, d’autant que mes combats à moi semblent enfin s’organiser un peu d’ici janvier (je ne dois plus affronter en même temps les Pictes, les Goths, les Romains, les Huns et les Hautres, fait rare dans nos métiers). C’est assez reposant de ne pas faire douze choses à la fois, juste deux ou trois en simultané, mais ça me change un brin, car j’estions assez fatiguée.
      A très vite donc, Chevalier du Pays de l’Ours. :)