Du bon usage du Rötring

Dessin de Mark-Edward Geyer

Un bon dessinateur travaille avant tout à la plume ou au pinceau (avec les deux, en fait), mais le Rötring ™ reste un outil intéressant pour les tracés des seconds plans, genre voûtes de la Sixtine derrière l’un des profs fouineurs de Dan Brown, ou rues de Chicago avec briques et escaliers d’incendie derrière un enquêteur alcoolo déprimé, ou murailles de château-fort derrière un chevalier Teuftonique, ou… Bon, z’avez compris. Au premier plan d’un dessin, donc, le trait est gras et travaillé en pleins et déliés, et au second, on prend plume ou Rhötringhk, plus fins, pour les décors. J’utilise très peu ce dernier, vous comprendrez pourquoi ci-dessous. C’est avant tout un outil technique dévolu au tirage de traits d’architecture, aux dessins sur calque. M’enfin, de temps à autre, j’ai besoin de lui pour certains machins spécifiques. Donc je l’attrape dans mon pot, et c’est là que les problèmes commencent. Je t’explique.

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Y’a pas d’souci, m’dame…

Pardon de poster si peu souvent, mais honnêtement, tout est tellement désespérant, ces temps-ci, des guerres fanatico-religio-tribales fratricides des uns jusqu’aux complots d’espionnage universel des autres, des forêts qui brûlent ou des fleuves qui débordent jusqu’aux cœurs des salades industrielles blanchis à coup de désherbant pour le gogo qui aime la laitue jaune à bas prix, des médicaments tueurs jusqu’à l’impossibilité, ici, de mettre fin à la pollution des pesticides, enfin bref des promesses non tenues de dirigeants retors, compromis ou simplement bêtes comme leurs pieds pendant l’inexorable avancée de l’appauvrissement de tous, intellectuel comme financier, pour le bonheur de quelques uns, que les bras m’en tombent régulièrement.

Mais « y’a pas d’souci », comme je l’entends dire de plus en plus souvent – et cette expression moche et passe-partout m’est vraiment devenue aussi pénible que les 200 000 « voilà » qui parsèment désormais obligatoirement tous les blablas.

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Hisse et Ho !

(Photo : Sophiek)

Grand soleil et ciel bleu sur Saint-Malo samedi dernier pour le début du Festival Étonnants Voyageurs. Ce beau temps n’a pas duré, mais grâce à Lise, ma formidable et combattante éditrice, j’ai découvert la cité des corsaires, que je ne connaissais pas encore, et rien que le fait de parcourir les remparts et de regarder l’océan me réjouissait à l’avance.

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Dioramas et miniatures

Une des œuvres de la série « Street Vitrine », par Benjamin Affagard, alias Come

En général, chercher de la documentation sur le web est une aventure qui me fait trouver mille choses que je ne cherchais pas. Un peu comme quand je classe mes bibliothèques : ça commence toujours bien, et puis en plein milieu, j’ouvre un bouquin et je me mets à le relire, et je pars sur un sentier de traverse hyper long, ce qui fait que trois jours plus tard, j’y suis encore, assise par terre au milieu de la poussière, à rechercher le nom d’un dessinateur oublié ou à éplucher les titres de la Noire.

Là, j’étais partie, il y a une semaine, étudier les façades des immeubles de Paris, et au bout de quelques clics, je suis tombée sur cette jolie photo ci-dessus. Intriguée, j’ai regardé le petit film sympa qui va avec (cliquez sur la photo, vous atterrirez sur le site), et ça y était, j’étais projetée vers un ailleurs que j’adore depuis l’enfance : l’univers des dioramas et des maquettes.

Après cette vidéo, je me suis mise à chercher les orfèvres du tout petit, ceux qui, allant au-delà du simple diorama, réussissent à en faire un art à part entière.  Voilà trois d’entre eux.

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Pâles Buster, pale butlers

L’affaire Guéant me paraît, vue de loin, en zappant chaque jour d’un titre du Monde à l’autre histoire de rester un peu au courant des événements du pays des zombies, une sorte de gag récurrent. D’abord, de Une en Une, la trombine pas marrante de l’ancien ministre apparaît, tournée à gauche, à droite ou de trois-quarts ou de profil, pendant qu’il entre dans un ministère ou qu’il sort d’une chancellerie. À cause de ces changements systématiques de vues qui, de jour en jour, donnent la fausse impression que l’enquête avance, ce visage toujours fermé me fait vaguement songer à celui de Buster Keaton, imperturbable malgré toutes les catastrophes qui tombent sur lui. Hier, ça a fini par me fait rire, d’autant que les justifications diverses des sommes trouvées sont présentées à une telle vitesse et dans une telle incohérence que le bombardement des titres devient lui aussi comique. Ce n’est pas seulement, au fond, de la faute de l’intéressé. On dirait surtout que les journalistes, mis en bouche par l’affaire Cahuzac, ont hâte de croquer maintenant un peu dans la chair de la droite, en oubliant qu’il serait bienvenu de leur part de vraiment taper à droite, et de continuer de creuser du côté du FN pour mettre en lumière les vilains secrets de toute cette smala prompte à copiner avec qui voudra pour placer du fric en Suisse.

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Tûût !

Le lion et la souris

Ramdam à bord du train, évacuation d’armoires par les fenêtres (faut quand même pas déconner), Fisc, Artaga, Agessa, Sofia et Scam balancés sur le quai, ça allège un chouïa.

En parallèle, quelques copains me racontent leurs démêlés avec l’Urssaf, autre grosse machine à problèmes, qui, quand elle s’enclenche dans une mauvaise direction (doublons de comptes, dans ce cas précis), reste bornée au point de mettre en danger des sociétés entières, du patron aux employés, en demandant le double de ce qu’on lui doit, et en réclamant des intérêts si on ne paie pas malgré l’erreur. C’est vraiment la lutte entre ceux qui aspirent à avancer vite et bien, et ces boulets, qui, malgré l’informatique, se coincent de plus en plus souvent dans les essieux.

Tout ça pour dire que j’en ai profité pour ranger la tonne de dessins que j’ai faits depuis 1985. Quitte à classer, je classe le monde entier, et hop. Et du coup, j’ai découvert que j’étais tout sauf une paresseuse, vu le nombre de trucs insensés, cartes culinaires, dessins d’étiquettes de boutanches, mangas ou story-boards de pubs, que j’ai pu tracer au début de ma carrière de gribouillarde. Du scolaire à la pelle, aussi, et de nombreux dessins pour pas mal de revues spécialisées (on commence souvent comme ça), mensuels informatiques ou revues financières. J’ai même travaillé pour Les Échos et la Tribune de la Finance, fut un temps. Je me souviens des galères que j’avais pour illustrer des titres d’articles sur le CAC40 ou les SICAV monétaires – je n’y comprenais que pouic ! Je me dis que c’est un miracle que tous ces gens m’aient gardée plus de trois ans, parfois, comme dessinatrice attitrée. Mentalement, je les en remercie souvent, ils m’ont sauvée.

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Tchou-tchou

 

Période un peu compliquée en ce moment. Entre la finalisation d’un gros projet et les diverses déclarations à l’État (c’est la période pour moi : impôts, agessa, etc.), ma vie ressemble un peu à une course de conducteur de train, entre la loco qui crache sa vapeur et une palanquée de wagons bourrés à craquer qui la ralentissent constamment. J’ai beau aller et venir par les toits en courant et en me baissant pour éviter les ponts, je n’arrive pas très bien à tout prendre en main. Pas le temps de rêvasser, quoi – sauf hier, où, comme tout le monde, j’ai débrayé en profitant du soleil. N’empêche. Je me débarrasserais volontiers de l’intendance, alors que dans ce pays, chaque année, un nouveau wagon de pénibleries est accroché à l’ensemble du convoi. Dernier truc en date : déclarer à la Scam tous les dessins que j’ai pu faire dans la presse depuis 1985. Bref, des heures et des heures de taf pour retrouver tous les gribouillis que j’ai semés. « Au sec… ! » disaient jadis les héros de BD. (Ou « Argh ! », selon.)

Donc, chus au charbon, mais je reviens dès que j’peux.