Bonnelle et Foglino

Bonnelle et Foglino ? Non, non, ce ne sont pas deux gangsters de la France des années 1950, mais deux écrivains d’aujourd’hui, deux Bernard qui travaillent d’arrache-pied à raconter de belles histoires et dont les livres, récemment sortis, m’ont enchantée, alors je vous en touche un mot.

Aux Belles Abyssines, de Bernard Bonnelle, se passe à Djibouti pendant la drôle de guerre, et raconte la quête d’un jeune officier de marine qui, nommé commandant d’un patrouilleur colonial en piteux état, l’Étoile-du-Sud, va chercher à savoir ce qui a causé la mort d’Alban de Perthes, son prédécesseur à ce poste et son meilleur ami. Le récit, très très joliment écrit, est passionnant. Durant sa lecture, les images d’Hugo Pratt s’imposaient souvent à mon esprit, et j’ai découvert à la fin du livre que ce grand Italien, que je regrette tellement, faisait, entre autres créateurs aimés, partie des principales inspirations de l’auteur. Filiation mentale réussie, donc, tant par l’ambiance que dans la complexité des personnages. J’ai refermé le livre avec l’envie d’en lire plus encore et encore, tant j’étais aspirée par la lumière de ce subtil voyage vers l’Afrique de l’Est.

Celle qui dort, de Bernard Foglino, est l’entrée directe dans un monde très « lynchien » (hé oui, j’ose, puisqu’on en est aux excellentes comparaisons), d’une écriture très fluide elle aussi, ciselée, brillante et légère comme le vol d’un oiseau. Forêt sombre, maison étrange, belle endormie digne de Blanche-Neige (d’ailleurs, ce roman m’a ouvert les yeux sur la signification supplémentaire que pourrait avoir ce conte finalement très étrange), tout est là pour emporter le lecteur, comme David Vincent en son temps, vers une route qu’il n’aurait jamais dû prendre, sous peine de se perdre entièrement… Je n’en dis pas plus, sauf que l’ogre est toujours en nous, tout compte fait, que c’est, au fond, un gros paresseux égocentrique, et que rien ne le nourrit mieux que la facilité, ce mal très contemporain qui nous menace tous.

Aux Belles Abyssines, Bernard Bonnelle, éditions de la Table Ronde (prix Nicolas Bouvier 2013) et Celle qui dort, Bernard Foglino,  chez Buchet-Chastel.

21 réflexions au sujet de « Bonnelle et Foglino »

  1. Ben dis donc, Sophie, tu l’assumes bien ta cinquantaine! Tu es ,
    prattiquement, juvénile!!!Je constate qu’en belle abyssine, tu ne ne portes pas d’habit sain…..et tu fais bien, il faut rester en pointe
    Quant aux bouquins que tu as tâtés, tu les rends tentants, surtout , le premier. C’était quelqu’un, le Pratt!

  2. Je viens d’aller voir l’expo « L’ange du bizarre ». Oui je suis de passage à Paname où j’ai eu plaisir à trouver du soleil. Je repars demain. Je suis bien d’accord avec un de tes commentaires sous le post précédent : il n’y a que les livres qui sauvent l’humain . Zibou

  3. Pourtant la poisse existe, elle!
    Les rêves d’Hugo écrivent des réalités impalpables; Il sait d’un coup de crayon, donner à voir,sentir, ouïr, gouter mais pas toucher, hélas!!!

  4. A propos de Djibouti, vu hier soir le doc sur la mort du procureur Borrel, avec la probabilité assez forte qu’il ait été tué par un réseau pédophile mafieux. Pas beaux, les Franchouilles, sur ce coup. Même certains gendarmes auraient été mouillés (ce qui tendrait à prouver que ce n’est pas par incompétence qu’on n’a pas trouvé les coupables, mais par connivence qu’on ne les a pas arrêtés). Nul et déprimant, donc. Et les djiboutiens regardent, à juste titre, notre pays et ses ressortissants d’un air dégoûté.

  5. Rhô pitaing. On en a à peine fini avec ces c.nneries de mariachbourtousse que revoilà l’affaire Bettencourt, les lybiens de Sarko, et les retraites.
    Que ce pays est CHIANT.

  6. Eh ho! Çà roupille la dedans….Ho hisse et ho! levez l’encre, sacrebleu!!!!

    File dans le vent, Fregatine et qu’Éole te soit propice!!

  7. Héhéhéhé.
    Enormément de trucs à faire en ce moment, et donc gros manque de temps pour écrire un billet, pardon. Mais chuis là, je reviens très vite.

  8. hello sainte malo,
    ton billet me donne envie de lire Celle qui dort, de Bernard Foglino. mais dis moi, avant d’investir et de m’investir dans ce livre, je n’ai pas compris en quoi il est lynchien ?

    1. Coucou cher Gilles ! Ah, lynchien, tout simplement parce qu’en le lisant, je pensais aux bois de Twin Peaks, et à tous les étranges personnages qu’on y croise (nains, géants, belles endormies) dans une sorte de clair-obscur sans fin. Mais j’aurais pu parler des Contes de Grimm, aussi… :)

  9. Ah (un ah-ttristé), pour moi Lynch c’est le ruban de Moebius, l’histoire circulaire, l’histoire indémêlable.

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