Avant l’éveil…

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Semaine en grande partie chinoise, pleine d’ombres et de lumières malgré le froid persistant. Après avoir profité de ma grippe pour lire « Lune de Printemps »*, j’ai réattaqué « La Cité Interdite », le très beau recueil d’aquarelles de Charles Chauderlot (Rouergue, 2006, avec Cyrille J-D. Savary). J’avais déjà parlé ici de ses merveilleuses vues dévoilant la partie secrète de cette étrange ville qu’est le Palais Impérial, mais je n’avais pas encore lu ses textes passionnants. Toujours amputée d’une grande partie de son histoire par la révolution culturelle, la Chine profonde d’aujourd’hui, poursuivant sa marche encore chaotique vers le futur, n’a pas encore retrouvé toute sa mémoire. Les nuages de pollution de plus en plus opaques qui encombrent les immenses bronches du Dragon ne l’aident pas beaucoup. En plus de mes lectures, j’ai donc été contente d’apprendre que les bandes dessinées récentes de Li KunWu, qui évoquent l’ancienne Chine et ses traditions, permettent aux Chinois de rebâtir quelques ponts ouvragés entre leur passé et leur avenir.

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Flash Cadillac

Parce que ces images me semblent  indissociables de ce site, je remets en ligne cet article posté sur Strictement-Confidentiel en octobre 2010. Enjoy again !

Vous n’allez pas me croire, mais pourtant, il existe des publicités que j’aime. Paradoxe suprême : parmi les pubs que j’aime, je place au plus haut celles qui furent réalisées pour des bagnoles. Enfin… pas des bagnoles, non, des voitures : Dodge, Cadillac, DeSoto, Plymouth, oui oui, toutes ces gigantesques pompes à pétrole que furent les carrosses ailés des années 1940 et 1950. Quant aux pubs en question, ce sont celles que de véritables artistes aux noms souvent oubliés réalisèrent au cours de ces années-là, du temps de Mad men, à une époque où l’affiche était un art graphique à part entière. Voilà quelques exemples, mais pour vous régaler vraiment les mirettes, allez explorer Plan.59.com, le site qui les recense de la façon la plus complète. Je vous assure que vous allez être éblouis.

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Re-chmodez Jimi Hendrix en rwx, please !

Durant quelques jours, j’ai donc disparu dans les méandres de l’informatique. Comme à chaque fois que ça m’arrive, j’ai du ré-apprivoiser des tas de trucs abscons causant de bande passante, de CPU, de PHP ou de CHMODs*, et extraire à bout de bras les quelques connaissances que j’en avais des tréfonds de ma cervelle, coincées qu’elles étaient sous le fatras coloré plus marrant qui y navigue habituellement.

Comme je suis une fille pratique, j’ai d’abord écumé les forums et les blogs du genre « Migrer un site les doigts dans l’nez », « Réinstaller WordPress sans devenir un serial killer » ou « Ne pas écrabouiller son ordi quand une « Fatal Error » pointe son museau ».  Avant de me décider à œuvrer, j’ai également suivi quelques open twitts concernant mon ancienne plateforme, histoire de voir si j’avais raison de me barrer (et j’ai eu raison, pour le moment du moins : pas qu’OVH soit devenu un mauvais hébergeur, loin de là, mais sa structure mutualisée est, depuis sept mois, pour le moins bordélique).

Bref, on s’en fout, vu que je résume tout ça pour parler de Jimi Hendrix, au bout du compte. Quel rapport ? En fait, il s’est avéré qu’au beau milieu de dizaines de twitts techniques concernant les développements futurs d’OVH, Octave, son jeune PDG, a lâché une note étonnante. En gros, ça disait : « Jimi Hendrix. Comment ce gars pouvait-il jouer comme ça il y a + de 50 ans ? »

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Alan’s Tea Time

J’adore l’acteur Alan Rickman depuis longtemps, et le voir dans cette magnifique vidéo HD (n’hésitez pas à la regarder en plein écran) m’a ravie – notamment pour l’humour de la fin, à ne pas rater. L’oeuvre est signée par l’artiste américain David Michalek (click), qui s’est spécialisé dans ce type de portraits au ralenti, baptisés « Portraits in Dramatic Time ». Savourez jusqu’à la dernière goutte ces 8 minutes, et vous redeviendrez zen, juré.

Tiuwwiiiiiittt !

San Francisco, photo type « Bullitt », avec l’île d’Alcatraz à l’horizon.

Qu’est-ce que le « Tiuwwiiiiiittt ! » ? Ceux qui ont vu « Lost » le savent : c’est le glissement chromatique vers le suraigu (je ne sais pas si ces termes sont exacts, mais je n’en trouve pas d’autre pour l’instant) des violons au moment pile où l’un des héros se retrouve face à un danger ou à une découverte bizarre. C’est dans cette série que j’ai entendu ce gimmick musical pour la première fois. À mon avis, il est probablement aussi marquant que le « Twiiit ! Twiiitt ! Twiiitt ! » frénétique des violons de Bernard Herrmann pendant la fameuse scène du meurtre de Janet Leigh dans « Psychose ». Tellement marquant même que désormais, le compositeur Michael Giacchino, son créateur pour « Lost », le réutilise dans les autres séries américaines sur lesquelles il travaille. Je l’ai ainsi réentendu dans « Fringe » et dans « Alcatraz ». Mais je l’ai aussi repéré ailleurs, dans « Hawaï Five-O », par exemple. Et comme une partie de ces séries emploie en outre quelques acteurs clefs de « Lost » (Jorge Garcia dans « Alcatraz », ou Daniel Dae Kim et Terry O’ Quinn dans « Hawaï 5.0 »), ce « truc » musical donne un contrepoint assez étrange aux histoires qui en sont gratifiées, un clin d’œil « lostien » plutôt marrant – surtout sur les séries fantastiques. Comme une marque apposée discrètement dans les productions de J.J. Abrams (excepté pour « Hawaï Five-O » qui n’est pas de son cru).

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« Ça m’énerve », Marie-Ange Guillaume

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, jusqu’à présent, je ne connaissais pas Marie-Ange Guillaume. Grâce à Franswa P. qui, en cadeau de Nouvel An, m’a envoyé le dernier livre* de cette rebelle tordante, c’est enfin réparé. Merci Franswa. Paru au mois d’octobre dernier, « Ça m’énerve » (éditions Le Passage) recense une bonne partie des trucs exaspérants du fabuleux monde moderne à nous qu’on a. Ainsi que l’écrit l’auteur : « Pas les nuisances graves, comme la guerre, la mort et les avions qui se cassent la gueule. Non, juste les irritations, les furoncles, les gâchis d’humeur, les casse-couilles en tout genre, les hotlines, la feuille de laitue décorative piégée dans la sauce, les paperasses et les télécommandes, le principe de précaution, le garçon de café qui met trois plombes à noter votre présence, la housse de couette récalcitrante, la langue de bois, les chasseurs d’éléphants, l’anticyclone coincé au-dessus de Bucarest. »

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« Le Code d’Esther », interview de Bernard Benyamin…

Avoir le privilège de suivre un projet de livre, de son premier jet à sa rédaction finale, est une expérience précieuse. C’est ce qui m’est arrivé avec « Le Code d’Esther » de mon ami Bernard Benyamin. Sorti le mois dernier chez First, il s’agit d’une formidable enquête fondée sur le Livre d’Esther, étonnant texte de la Torah qui, pour la première fois dans l’Histoire, évoquait une tentative d’extermination totale de la population juive au temps du roi de Perse Assuérus, et sur les éléments plus que mystérieux qui le lient de manière prophétique – notamment à travers un code chiffré anachronique inexplicable – au IIIe Reich et à l’horreur de la Shoah…

S.K : Il t’a suffi d’un coup d’œil sur les recherches de Yohan Perez, ton guide, pour te lancer dans « ce projet de dingue », cette déstabilisante et passionnante enquête. Je te connais comme étant à la fois très ouvert et très rationnel. Qu’est-ce qui t’a poussé à vivre cette aventure ?

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Shh, creepy thornier nob’ !

Peter Keating (anagramme anglais de « Rat technocrate incompétent »), Ellsworth Toohey (anagramme de « Théorie la plus fumeuse ») et Gail Wynand (anagramme du « Gars qui bâille », tant il s’en fout) sont trois des personnages clefs de « La Source Vive », formidable roman philosophique d’Ayn Rand paru en 1943 aux États-Unis, et adapté dans un superbe film de King Vidor, « Le Rebelle » (1949). J’en ai déjà parlé ici il y a longtemps. L’un est à lire, l’autre est à voir, ne serait-ce que pour laisser passer un peu de lumière dans le fatras de désespérance, de lieux communs, de téléréalité misérabiliste, de publicités vides de sens et de récompenses faussées qui nous submerge. On vous dira sans doute, car c’est ce qu’on dit ou qu’on lit souvent, qu’Ayn Rand défendait le capitalisme, et que les néoconservateurs américains la vénèrent aujourd’hui comme étant des leurs. Ne le croyez surtout pas : sachant que Rand fait partie de ses ennemis, et que sa pensée est, pour lui, l’une des plus dangereuses de toutes celles qu’il a dû affronter au cours de ses existences successives, ce bruit n’est que celui que fait courir Ellsworth Toohey, cette « terrifiante caboche acérée et abusive »* qui tente de nous asservir. Récupérer la vérité d’un auteur pour la manipuler est évidemment la seule parade qu’il aura trouvée contre nous. Si on lit bien Rand, c’est raté.

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Jeff Beal, Rome et Cold Stone, une affaire de vieux…

En ce moment, je me passionne pour une série appelée « Jesse Stone », diffusée (en partie dans le désordre, comme d’hab’) depuis un mois sur Paris Première – oui, la chaîne des vieux gays parisiens fanas d’Au Théâtre Ce Soir. Le héros de Jesse Stone (Tom Selleck) n’est pas spécialement gay : flic sexagénaire alcoolo et dépressif accompagné d’un chien tout aussi dépressif, il vit dans une ville très jolie mais déprimante appelée Paradise (tout a été tourné à Halifax, au Canada). Ses adjoints sont un jeune type bizarre et une quinqua déprimée (Kohl Sudduth et Kathy Baker), et ses meilleurs amis un autre flic dépressif (Stephen McHattie) et un ancien flic alcoolo dépressif devenu psy déprimé (William Devane). Son ex-femme est une empoisonneuse de première qui lui casse le moral en l’appelant durant des heures tous les soirs pour lui raconter ses états d’âme et ses coucheries. Si elles ne se font pas buter par hasard, ses nouvelles maîtresses sont des enquiquineuses solitaires à fort caractère (mais pas dépressives). Les méchants qu’il traque sont particulièrement originaux (tout en étant quelquefois gays, quelquefois alcoolos, et quelquefois dépressifs).

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Les dimanches abstraits de Christoph Niemann

Les spaghettis diaboliques – Christoph Niemann

Christoph Niemann. Voilà un dessinateur allemand très connu que je ne connaissais pas il y a peu, honte à moi. Depuis que je l’ai découvert, je me régale de ses trouvailles – d’autant plus qu’il aime autant les Lego que moi. Si vous ne savez pas de qui je parle, visitez son site en cliquant ici. Et comme je suis bonne fille, je vous transmets aussi le lien de la page qu’il anime sur le site du New-York Times (NYTimes.com). Voici trois exemples de vagabondages picturaux qui m’ont particulièrement fait rire. Pour voir les séries entières, cliquez sur les titres précédant les images. (Même si vous ne lisez pas bien l’anglais, je pense que ses idées sont suffisamment simples et drôles pour être comprises.)

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Petit éloge des séries télé – Martin Winckler

Saviez-vous qu’à l’origine, « Dallas » avait été volontairement conçu comme une sorte de « Roméo et Juliette » moderne ? Moi pas, j’avoue. Bien qu’un de mes proches m’ait moult fois expliqué que la série était articulée sur les ressorts de narration des drames d’autrefois, et bien que j’aie lu et vu la pièce de Shakespeare, je n’avais pas envisagé d’assimiler Bobby Ewing à Roméo Montaigu, ni sa femme à Juliette Capulet. Maintenant qu’on me l’a dit, ça me semble évident, mais à l’époque de sa diffusion, je n’y songeais même pas tant le thème de la série m’ennuyait. À tort, bien sûr, car elle développait toute une réflexion, assez rebelle pour l’époque, sur l’argent et le pouvoir.

 En aparté, je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais eu envie de regarder Dallas. Je crois que ça a un rapport avec l’argent, au fond. Les super-riches me laminent le moral presque autant que les journalistes actuels et les hommes politiques. Tous me font l’impression d’être sortis, à un moment donné, du monde des vivants. Ma meilleure référence, vis-à-vis d’eux, reste « Invasion L.A. » de John Carpenter, et ce ne sont pas les désastreux essais de chirurgie plastique des vieilles tortues fortunées qui me feront changer d’avis. (La vie éternelle étant la seule chose qu’un milliardaire ne peut encore s’offrir, je crois que les auteurs de science-fiction ont eu raison de s’inquiéter quant au sort à venir des pauvres, futurs pourvoyeurs d’organes de ces classes hors d’atteinte. Souhaitons qu’on ne puisse jamais greffer un cerveau d’un corps à un autre – oh oui, prions pour que le prion se charge du greffon si cette expérience se tente un jour.)

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Gregory Crewdson, photographe « Hopperien » et cinéphile

Pour qui se nourrit de l’image – et quand je dis « se nourrit « , je parle d’une faim et d’une soif inextinguible, d’un besoin qui pourrait se comparer à celui d’un vampire tant il est question, pour celui qui crée ou qui veut créer son propre univers, de se trouver un chemin visuel qui boostera son propre imaginaire afin de lui faire quitter les rivages médiocres de « l’image pour tous », de « l’infiniment régurgité » et du « déjà vu mille fois » – pour qui se nourrit de l’image, disais-je donc, le Graal est de trouver un artiste contemporain qui va enfin lui ouvrir une nouvelle porte. Cet artiste, lui-même rassasié de merveilles issues du passé ou du présent, aura su construire un univers personnel original et fort, sans nier l’apport des maîtres qu’il a choisis, mais en allant plus loin qu’eux, en explorant ce qu’ils n’auront pas exploré, en extirpant de leur matière le détail qui l’aura fait vibrer, la lumière bleue qui le hante lui, sa « note bleue » aurait dit le pianiste Thelonious Monk.

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Meurtres en gros plan : Michel Gourdon

Dans les années 60, on ne laissait pas traîner les romans dits « de gare » n’importe où. Fallait pas que des menottes innocentes puissent en feuilleter quelques pages au risque de tomber sur des phrases comme « il glissa sa main dans sa poche intérieure et caressa le revolver. Il était là, tiède et pesant comme une bête » ou « la tension nerveuse exacerbait son désir ». Oui, bon, la réaction parentale peut se comprendre, c’était pas de la prose Comtesse de Ségur, ni du Balzac, assurément. Aux Éditions « Fleuve Noir », quelle que soit la collection (Feu, Angoisse, Espionnage, Spécial Police, etc…), le problème était plus crucial encore, et papa, maman, oncle Georges ou grand-père Henri avaient des sueurs froides en songeant aux couvertures de Michel Gourdon.

Si vous avez plus de trente ans, ne me dites pas que vous ne connaissez pas Michel Gourdon. Évidemment, si vous avez trente ans pile-poil, vous êtes (un peu) excusé, vous n’aviez que deux printemps au moment où il a arrêté d’œuvrer pour le Fleuve Noir, après dix-huit ans de bons et loyaux services, c’est à dire à peu près 3500 couvertures. 3500 gouaches. Une paille.

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