Quatre fientes de novlangue

1/ « Vivre ensemble ». Dans la série des mots technos les plus laids, le « vivr’ensemble », braillé à tout bout de champ par nos élites, est le pire, ces temps-ci. Je le déteste pour sa signification, déjà : pas que je sois particulièrement agressive envers les autres, mais franchement, là, j’en ai ras le bol. Non merci, pas de « vivr’ensemble » pour moi, c’est définitif. Je réclame le droit de pouvoir m’éloigner, autant géographiquement que mentalement, de ceux qui m’insupportent, de ne pas partager leurs valeurs, leurs horaires, leurs manies, leur foi ou leurs convictions politiques. Je ne veux pas boire un coup et fraterniser avec l’ennemi sous prétexte qu’il vit dans le même pays que moi. Et, accessoirement, je veux pouvoir le dire sans qu’on vienne me les briser menu. Ceci dit, je reste écorchée par l’expression même, par cette façon de traiter un verbe et un adverbe. Un peu comme si on lançait des expressions comme « le manger debout », « le conduire bien », « le marcher vite », « le lancer loin ». Vous voyez ? C’est affligeant de mocheté.

2/ « Stigmatiser ». Ah là làààà, qu’est-ce qu’on « stigmatise » dans notre belle société laïque, c’est dingue. Derniers en date, Rebsamen et Hidalgo qui « ne veulent pas stigmatiser » les chômeurs. Chez nous, tout le monde sera bientôt « stigmatisé », d’une manière ou d’une autre. Le sont déjà les riches, les pauvres, les fumeurs, les professeurs, les élèves, les syndicats, les flics, les cheminots, les gens du voyage et les pêcheurs – entre autres. J’avoue que parcourir les rues de nos villes devient extrêmement pénible, effectivement. On voit partout des mains et des pieds troués, ça dégouline sur les Louboutin, les cartables, les voiles islamiques et les bleus de travail, c’est crade comme tout. Je vote donc contre cette épidémie forcenée de stigmatisations.

3/ « …n’exclut pas de ». Typique de la nomenclature qui tâte l’eau avant de plonger. On « n’exclut pas » de revenir sur une loi ratée, de remettre la pub sur une chaîne nationale exsangue, de songer à redéfinir les lignes économiques d’un parti, d’interdire une manifestation, de retourner à la NBA, de voter la confiance ou de revenir à la semaine des quatre jours. En gros, « Machin n’exclut pas de », c’est Machin, flou et faséyant, qui se tâte, tergiverse, ne sait pas, voudrait bien mais n’peut p’têtre pas, tente une diversion, lance un pavé dans la flotte, appâte l’ennemi, quête l’approbation. Si je fréquentais Machin, je l’exclurais certainement de mes copains.

4/ « Faire débat ». Rrh, je l’exècre, celui-là. Presque autant que l’ancien « rapport à » (Dieu, l’enfance, ta mère, tout ce que tu veux) qui pollue dorénavant notre langue. Tout « fait débat », évidemment. Donc on l’a à toutes les sauces, tout le temps, partout, malgré qu’il soit plus moche qu’un poux. Et qu’il ne veuille, au fond, strictement rien dire, ou plus exactement qu’il n’évoque rien (comme c’est souvent le cas avec  la novlangue), là où l’expression « ne fait pas l’unanimité », elle, était claire.

(La suite à la prochaine récolte…)

24 réflexions au sujet de « Quatre fientes de novlangue »

  1. Je transfère chez toi un commentaire posté chez Solko , inspiré par la Vals musette, premier sinistre d’un gouvernement qui ne fait pas marche arrière pour la simple raison qu’il n’a jamais avancé, juste fait des pas de deux. (la raison de la parité, un homme , une femme?)
    « Tous ces journaleux qui tendaient leurs micros pour un cours de macron économie, nouvel avatar de la maquereau économie. Dans un mano à nano avec les gentils membres du MEDEF, il nous fait comprendre une évidence les nanos salaires sont l’avenir du management hi tech qui n’a rien à
    voir avec le ménagement. Après les auto-entrepreneurs arrivent le temps des auto rémunérés. Un bénévole coûte cher à l’entreprise, il est juste qu’il paie son écot. La société a beau se clamer égalitaire, un avantage n’a de consistance que s’il est réservé à un petit nombre. Dommage que ce petit Mozart de la finance n’ait pas été nommé ministre à 3 ans. Que de temps perdu… »Ah mets des hausses » supplie le saigneur Gattaz, les notes seront pour les pauvres, les pôvres….Et surtout fonce Macron/Mozart car qui « va piano ne va pas sano » contrairement à l’adage, le MEDEF te tressera des stress. »
    Ces gars qui ont fait l’ENA font L’ane que cela en est à pleurer . Ils font le lit la Marine qui va tout saborder ,dans la vieille tradition de la marine française!
    Vals a l’air content d’avoir reçu un coup de pied de l’âne du MEDEF sous la forme d’une standing ovation. Rebsamen fait des provocs inutiles avec Belkacem, c’est à qui fera le plus joli coup de menton. Note qu’il n’est pas demandé aux chomeurs de trouver du travail mais d’en chercher. Nuance! et du pétrole, aussi.
    Que veux tu, notre civilisation est fondée sur une religion où le Père Eternel faisait de la maltraitance à enfant. Il serait condamné par n’importe quel tribunal, de nos jours, pour avoir fait vivre la croix et la bannière à son fils, tout çà pour des clous. Conclusion, du Christ à Thérèse s’est enraciné le culte des stigmates. C’est une plaie à éradiquer….

  2. Tu auras compris que je songeais en citant Thérèse, non pas à celle qui voyait Dieu dans Lisieux, mais celle qui habita la villa familiale couvant des extases . Elle se retrouva en sainte nerveuse….A l’époque les moyens contraceptifs n’étaient pas remboursés , il n’y avait pas l’immatriculée contraception, on trouvait refuge dans l’immaculée conception. La polygamie était interdite mais la trinité était honoré , le pain bis, les voies du Seigneur impénétrables…Va comprendre, ma foi ! Je ne dois pas avoir l’esprit sain!

    1. Oh, je crois qu’il y a toujours eu de la langue de bois, des mots pompeux (ou d’ordre), et des bavards prétentieux. On les voit mieux, peut-être, avec le prisme du net déjà, et les journaux qui se ruent dessus pour éviter les sujets plus complexes. :)

    1. Ahmaisoui, tu as raison, j’avais même pas réalisé ! « Créer la polémique »… ahmondieu. Pas vu, donc ça veut dire que suis infectée moi aussi par la novlangue. Qu’on me fasse infuser un dictionnaire et qu’on me le serve à déjeuner, vite !

  3. L’impérialisme roué à raz le poutine+l’expansionnisme tentaculaire de la pieuvre libérale qui étouffe l’Europe+ l’incurie des gouvernants= Un développement durable de crise d’instabilité . Le Mistral va souffler en tempête et le vivre ensemble, mot valise interdit aux migrants, risque de ressembler à une nauséabonde promiscuité….Tiens L’Europe en promise cuitée , v’là qui doit faire fantasmer Poutine. Vot’ cas m’intéresse la belle!!!!

  4. Et dans le même genre, as-tu noté l’expression, très à la mode cet été, « l’ADN de » suivi d’un nom qui est tout sauf un être vivant ? Pas un jour sans qu’on n’entende cette expression détournée du domaine scientifique et, à mon sens, absolument ridicule partout ailleurs.

    1. Ah non, pas encore (mais j’ai pas mis le nez dehors cet été, faut dire, hahaha !). Bon, je vais le guetter pour le choper, il m’a l’air très bien, celui-là, je m’en délecte déjà ! :D

  5. Je doute que les russkoffs , les rodomontades de L’UE, craignent….Mert qu’elle est attirante cette grasse Europe. Ils se verraient bien faire chanceler la chancelière qui se mèle de jouer la médiatrice alors que les souvenirs cuisants des teutons hantent la mémoire russe et sa mythologie…Mert qu’elle se mêle de ses affaires et balte les pattes….Un ersatz de paix va s’installer pour permettre la livraison du Mistral par un gouvernement, qu,i décidément, n’a pas le vent en poupe. Tous ces gens semblent s’y connaître, plutôt peu que » proue  » en matière de navigation stratégique….Cette livraison , une vraie proue est ce ? ce demande le Prez….

    1. Bonjour, et merci pour ce lien plus que pertinent !! ;)
      C’est vrai que ça « fustige », je ne l’avais pas remarqué, celui-là… :) Évidemment, je suis parfaitement d’accord avec les mots listés ! J’exècre absolument « jubilatoire », « que du bonheur » et le verbe « gérer » mis à toutes les sauces, entre autres…

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